Les dindons de la farce

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Par Michel Legueret
19 janvier 2017
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Brexit

Hier, Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni annonçait un désengagement total de son pays de l’Union européenne. Elle déclarait vouloir retrouver des frontières nationales et quitter la Cour de justice de l’Union européenne, ce qui va entraîner mécaniquement une rupture immédiate et totale des accords commerciaux avec les pays de l’Union européenne.

Nos analystes politiques, toujours très enclins à louer les bienfaits de l’Europe, vont nous annoncer une prochaine et inévitable faillite de l’Angleterre. Selon eux, il n’est pas possible d’exister économiquement sans le parlement de Bruxelles. Quelle erreur !

Donald Trump vient de critiquer sévèrement l’Union européenne et ses leaders. Dans ce discours où il met en avant ses carences et une politique migratoire suicidaire, il loue aussi le courage de la Grande-Bretagne d’avoir osé le Brexit.
Une partie de cette interview n’a pas été relayée par nos médias et pour cause, il propose à l’Angleterre des échanges commerciaux bilatéraux. Donc, nos amis britanniques sont loin d’être dépourvus car ils vont être un partenaire privilégié de la première puissance mondiale.
Bruxelles n’étant plus là pour imposer des normes, la liberté d’importation de produits américains vers les îles britanniques est grand ouverte. En fait il s’agit d’un TAFTA en version réduite. Il est fort à parier que nos dirigeants, toujours aussi courageux, vont proposer à l’Angleterre des accords commerciaux très favorables à cette dernière. Alors que le TAFTA va disparaître, les produits « made in US » arriveront sur notre sol, transitant par la Grande-Bretagne. Si j’ose une comparaison avec la fraude fiscale ce sera « un blanchiment de produits ».

La presse nationale passe son temps à taper sur Donald Trump et un autre accord passe en silence : le CETA. Cet accord avec le Canada va permettre en toute légalité d’importer des produits nord-américains dans l’Union européenne. En effet les USA et le Canada ont des accords commerciaux sans entraves. Donc une entreprise américaine fera transiter ses produits par le Canada et ils arriveront sans encombres sur le sol européen.
Dimanche dernier, je parlais avec un député européen qui a participé à Washington aux négociations et son analyse était similaire. Le CETA qui sera voté dans les prochaines semaines au parlement européen est aussi dangereux pour notre tissu économique et industriel que le TAFTA. Mais en apparence et en apparence seulement, le Canada fait moins peur que les USA. Le suppositoire n’en sera que plus efficace.

Alors qui seront les dindons de la farce ? Nous évidemment !

Nos producteurs, nos industriels, nos agriculteurs muselés par les normes européennes drastiques. Les coûts de fabrication et les normes sont bien moindres de l’autre côté de l’Atlantique .
Comment nos pauvres industries et notre agriculture déjà bien affaiblies résisteront à cet envahissement ? La réponse est qu’ils sombreront.
Le paradoxe est que j’imagine bien une nouvelle norme du parlement européen interdisant à nos agriculteurs d’utiliser ces produits venants des USA au nom de la sacro-sainte sécurité sanitaire. Donc nos paysans ne pourront plus vendre leurs produits qui seront trop chers, mais ne pourront pas non plus utiliser ceux des américains.

Vers la fermeture des frontières avec la Grande-Bretagne

Pour terminer, la Grande-Bretagne veut rétablir ses frontières ! Quelle nouvelle ! je croyais que depuis vingt ans les frontières des Îles britanniques étaient à Calais ? Ma conclusion est que les migrants, présents sur le continent, vont y rester puisque les Britanniques ne veulent pas d’eux.
Nos dirigeants nous trouveront sûrement une explication plausible à cet état.

En voyant tout ce qui se profile, je glousse car nous sommes les dindons de la farce.

Michel Legueret

Michel Legueret

Vice-président du Cercle des Actifs Malouins

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