Pourquoi les dirigeants de la FNSEA se trompent volontairement de combat

Article
Par Pierre Lemarié
28 août 2016
5 commentaires
Manifestation des agriculteurs

A l’appel de la FNSEA, plusieurs centaines d’agriculteurs bloquaient depuis cinq jours une des routes menant à l’usine Lactalis de Laval. Vendredi soir, le tribunal a tranché en faveur d’un rétablissement des accès au siège de l’entreprise, sans quoi le syndicat risquait une astreinte financière de 5 000€ de l’heure. Christiane Lambert, Vice-présidente de la FNSEA, a déjà promis d’autres actions nationales.

Le syndicat reproche au géant laitier d’être le « moins disant » du moment. Il est vrai qu’avec 256€ les 1000 litres de lait, Emmanuel Besnier, petit-fils du fondateur et héritier du groupe, ne paye pas la matière première à son juste prix. On estime à 360€ le prix nécessaire à l’agriculteur pour qu’il puisse vivre décemment de son métier. Pourtant, si l’on regarde de plus près l’action orchestrée par Xavier Beulin, président de la FNSEA et du groupe Avril, cela ressemble plutôt à un coup de com’, qu’à un souhait de s’attaquer aux vrais problèmes du monde agricole.

Pourquoi cibler uniquement Lactalis ?

Cette entreprise ne paye certes pas le lait à un prix rémunérateur pour les producteurs, mais aujourd’hui quasiment aucune laiterie ne le fait ! Pis, certaines coopératives qui ont de très bonnes rentabilités, payent le même prix que Lactalis, sans être attaquées. Mais il n’a pas échappé à Xavier Beulin que très souvent les coopératives sont gérées par des agriculteurs issus de son syndicat. Pourquoi n’ont-ils pas donné l’exemple en payant correctement le lait ?

Nous pouvons même mettre au crédit des entreprises privées qu’elles n’autorisent pas de volumes supplémentaires contrairement aux coops qui collectent plus de la moitié du lait en France. Or, ces volumes supplémentaires sont à l’origine de la surproduction européenne qui a fait dégringoler les prix. Par ailleurs, cette surproduction est le fruit des politiques ultra-libérales mises en place par l’Europe avec le concours des interprofessions et des organisations comme la Copa-Cogeca, dont fait partie la FNSEA. Cette idéologie de libéralisation à outrance a trouvé son point d’orgue dans la suppression des quotas laitiers en avril 2015.

Prôner la régulation

Avec l’arrêt prématuré de la manifestation, Xavier Beulin ne peut pas se glorifier d’une nouvelle victoire. Nous ne le verrons donc pas faire le tour des médias listant ses succès depuis son élection. Heureusement ! Car, contrairement à ce qu’il raconte, la guerre est loin d’être gagnée et ne risque pas de l’être de sitôt … Pour cela, il faudrait s’attaquer aux vrais problèmes et se battre pour la régulation des volumes à l’échelle européenne, permettant ainsi d’avoir un marché stabilisé dans lequel la règle de base est que le lait ne peut pas être acheté en deçà de son coût de production.

La solution au problème de fond n’est donc pas dans les actions contre la grande distribution ou contre les transformateurs. Ce n’est que théâtre pour distraire l’attention, tandis que l’on restructure à vive allure le secteur laitier en éliminant en continu un maximum de producteurs. En effet, la FNSEA est le seul syndicat à inciter la cessation d’activité pour ses adhérents. Xavier Beulin propose de les « accompagner dignement vers la sortie ». Imagine-t-on les syndicats de salariés faire ce genre de proposition ? Non, ils se battent pour sauver les emplois de ceux qu’ils défendent. Or, de plus en plus de politiques reprennent cette idée.

« En dépit de l’attitude irresponsable de la FNSEA, le groupe Lactalis augmente, dès le 1er septembre, le prix du lait »

Malgré l’échec des négociations à Paris avec les représentants des producteurs, le groupe Lactalis a annoncé ce vendredi une augmentation de 15€ la tonne de lait à compter du 1er septembre, soit 271€ les 1000 litres.

Vu la situation catastrophique, les éleveurs ne vont pas cracher sur ces quelques centimes supplémentaires. Mais le problème n’est toujours pas résolu. La surproduction est encore là et les prix ne vont pas remonter durablement. A ce rythme, le syndicat majoritaire va encore rincer les forces vives par de longues journées de mobilisation avant de gentiment leur demander de rentrer dans les campagnes. Elles auront l’impression du devoir accompli, pourtant, leur action n’aura servi à rien car orientée par le syndicat majoritaire contre des problèmes secondaires.

Pierre Lemarié

Pierre Lemarié

Membre du Cercle des Actifs Malouins.

5 pensées sur “Pourquoi les dirigeants de la FNSEA se trompent volontairement de combat”
  1. Bonjour Pierre, ton analyse de la situation de notre secteur d’activité est très pertinente. Je suis d’accord avec toi sur toute la ligne. Malheureusement nous n’attendons plus grand chose de nos « responsables » syndicaux en fonction en effet. Trop de conflits d’intérêts comme on le sait. Du point de vue du corps politique, nous ne sommes pas plus rassurés de l’impuissance du ministre de l’agriculture face à la pression des entreprises internationales.
    La droite française notamment a promis à son fidèle électorat rural notamment, une Europe pleine d’espoir pour le développement de nos entreprises. Il en résulte aujourd’hui que ma génération reçoit un vrai poignard dans le dos en sacrifiant les efforts de notre profession pour viser la qualité française,(axe sur lequel nos entreprises savent user en communication marketing) pour nous servir sans ménagements sur un plateau au grand hôtel du libéralisme !
    Les chefs d’entreprises de notre secteur d’activité ne seront pas dupes des promesses de nos candidats à l’élection présidentielle. .
    Guillaume Aoustin (producteur laitier)

    1. Manifestations des éleveurs

      A LAVAL les éleveurs demandaient aux entreprises un partage des bénéfices
      L’article du FIGARO ci-dessous démontre clairement le juste combat des éleveurs
      Danone double son bénéfice net
       » Par Le figaro.fr avec AFP Mis à jour le 28/07/2016 à 07:34 Publié le 28/07/2016 à 07:34
      Le groupe agroalimentaire Danone a annoncé jeudi avoir plus que doublé son bénéfice net au 1er semestre, à 880 millions d’euros, en raison d’un effet de base favorable par rapport au 1er semestre 2015.
      Le groupe a également amélioré sa marge opérationnelle courante, notamment grâce à un « contexte favorable sur les matières premières », lait et poudre de lait, a expliqué la directrice générale finance Cécile Cabanis lors d’un point presse. »
      Mème s’il y a une surproduction de lait le partage des bénéfices permettrait de sauver des éleveurs.Demain,plus de producteurs de lait ,plus de problème,mais plus d’entreprise et plus d’emploi.
      En manifestant à Laval les éleveurs défendaient aussi le devenir des emplois dans le monde rural.

  2. Manifestations des éleveurs

    A LAVAL les éleveurs demandaient aux entreprises un partage des bénéfices
    L’article du FIGARO ci-dessous démontre clairement le juste combat des éleveurs
    Danone double son bénéfice net
     » Par Le figaro.fr avec AFP Mis à jour le 28/07/2016 à 07:34 Publié le 28/07/2016 à 07:34
    Le groupe agroalimentaire Danone a annoncé jeudi avoir plus que doublé son bénéfice net au 1er semestre, à 880 millions d’euros, en raison d’un effet de base favorable par rapport au 1er semestre 2015.
    Le groupe a également amélioré sa marge opérationnelle courante, notamment grâce à un « contexte favorable sur les matières premières », lait et poudre de lait, a expliqué la directrice générale finance Cécile Cabanis lors d’un point presse. »
    Mème s’il y a une surproduction de lait le partage des bénéfices permettrait de sauver des éleveurs.Demain,plus de producteurs de lait ,plus de problème,mais plus d’entreprise et plus d’emploi.
    En manifestant à Laval les éleveurs défendaient aussi le devenir des emplois dans le monde rural.

  3. 25 août 2016 • Philippe François
    http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/crise-du-lait-apres-des-subventions-pour-sinstaller-des-subventions-pour
    Crise du lait : après des subventions pour s’installer, des subventions pour abandonner
    Alors qu’une mauvaise récolte et la baisse des cours des céréales fragilisent leurs producteurs, la crise du lait persiste et déclenche de nouvelles manifestations dans l’ouest de la France. Certains de ces exploitants agricoles sont effectivement dans une situation désastreuse et doivent être aidés. Mais les agriculteurs, et surtout les responsables syndicaux et politiques qui administrent l’agriculture française, ne peuvent échapper aux deux questions que tout le monde se pose: comment font-ils en Irlande, aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Danemark ? pourquoi en est-on là en France ?
    Les données ne semblent contestées par personne : le lait est payé plus cher aux agriculteurs français que dans les pays voisins où les producteurs sont aussi touchés par la baisse des cours mais ne sont pas au bord du désespoir comme les nôtres.
    Source Coordination rurale, juin 2016, prix de vente par les agriculteurs en euros / tonne de lait
    Belgique Irlande Allemagne Pays-Bas Royaume-Uni Danemark France
    216 237 239 246 254 262 274

    Les écarts sont donc considérables, et encore plus face au coût moyen de production annoncé en France par les manifestants de 330 euros par tonne. Les agriculteurs français étant bien formés et travaillant beaucoup, il n’existe que deux hypothèses pour expliquer cette situation : les agriculteurs français sont handicapés soit par des charges excessives, soit par une bureaucratie envahissante. Dans les deux cas, les politiques sont responsables, et cela depuis des décennies. En ce qui concerne les contraintes sociales et financières, elles sont très fortes en France sur tous les secteurs économiques, mais, contrairement au secteur des fruits et légumes, les producteurs laitiers employant très peu de personnel et payant peu d’impôts sur les bénéfices et le revenu, ce facteur ne semble pas majeur. C’est la sur-administration agricole qui est la cause majeure de leurs problèmes.
    Le constat d’échec
    La FNSEA, le principal syndicat agricole, tout en soutenant sur le terrain les manifestations de désespoir, semble convaincue que le problème va très au-delà d’un relèvement du prix du lait en France : trop d’agriculteurs, choisis par la corporation agricole et les préfectures, ont été installés à coup de subventions sur des exploitations structurellement non rentables. Lucide, Xavier Beulin, président de la FNSEA, a demandé le déblocage d’aides d’État pour réduire le nombre d’agriculteurs par des préretraites et des reconversions pour les agriculteurs des exploitations non compétitives. Une demande confirmée un mois plus tard par Jean Bizet, sénateur de la Manche qui reconnaît que les choix publics ont privilégié « l’aménagement du territoire » et oublié la productivité.
    Il faut ajouter à ces motivations des politiques, l’espoir naïf de lutter contre le chômage comme le montrent les instructions officielles : « Privilégier la création ou le maintien d’exploitations agricoles en maintenant le maximum d’actifs agricoles ». Ce qui se traduit sur le terrain par « il vaut mieux favoriser 2 exploitations avec 2 emplois, même non rentables, plutôt qu’une rentable avec 1,5 emploi ». Avec les Commissions départementales d’orientation agricole (CDOA), les Schémas départementaux directeurs des structures agricoles (SDDSA), les Projets agricoles départementaux (PAD), les contrôles des structures, les plafonds de surface, les SAFER et les autorisations d’exploiter, l’État et les syndicats agricoles prétendent décider ce qu’il faut faire à la place des entrepreneurs-agriculteurs. L’échec de cette méthode est complet. Pour les gouvernements et certains syndicats, chaque départ en retraite ou abandon d’exploitation devrait être remplacé par un nouvel agriculteur. Le but affiché est d’installer chaque année 10.000 jeunes agriculteurs, et les organismes départementaux d’État sont évalués sur la façon dont elles s’approchent de leur objectif. La pression sur les banques est forte pour leur faire accepter des dossiers « difficiles » (en réalité souvent suicidaires). Par exemple quand un jeune disposant de seulement 10.000 euros reprend en location une exploitation pour laquelle il emprunte des centaines de milliers d’euros (cheptel, machines). Inévitablement, ces producteurs surendettés mais encore sous-équipés, n’ont pas la capacité de surmonter des aléas, inhérents à l’agriculture, mais que subissent aussi de nombreux autres secteurs (tourisme, boissons, habillement, glaces…).
    Les subventions supplémentaires qui vont être accordées à l’agriculture, en plus des 9 milliards d’euros annuels de la PAC, et les nouvelles mesures finançant le retrait d’agriculteurs sont sans doute nécessaires, mais à condition de réformer de fond en comble l’administration de l’agriculture française pour lui donner les mêmes atouts que ses concurrentes. Une réforme facile puisqu’il suffit de supprimer tous les organismes dont il n’existe pas d’équivalent à l’étranger. L’agriculture doit être libérée du carcan où elle se trouve depuis des décennies et retrouver au moins le niveau de liberté de gestion qui existe dans les autres secteurs économiques français (commerçants, artisans, entreprises).
    Lire aussi : Crise agricole, la déroute de la planification publique

  4. Pour information « Crise agricole et déroute de la planification » par Philippe François.
    http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/crise-agricole-la-deroute-de-la-planification-publique
    « Responsables politiques, syndicalistes, agriculteurs et experts se succèdent depuis des mois dans les media, mais les seuls restés silencieux sont ceux qui, sur le terrain, ont conduit l’agriculture française dans l’impasse actuelle. Inconnus de la majorité des Français, leur prétention à diriger l’agriculture et les agriculteurs est fièrement revendiquée jusque dans les noms de leurs structures : projet, schéma, orientation, contrôle, aménagement (PAD, SDDS, CDOA, CS, AE, SAFER). Vu l’ampleur de leur échec, il serait indispensable et juste qu’ils se remettent en cause, ou que le gouvernement le fasse pour eux. Ou mieux encore, que les agriculteurs le fassent pour eux et pour nous.
    Au niveau du ministère parisien de l’agriculture, chaque nouveau ministre prétend indiquer aux agriculteurs-entrepreneurs la bonne stratégie pour l’avenir. Une prétention étrange : le ministre de l’industrie évite en général de conseiller Renault ou Peugeot, Danone ou L’Oréal sur leurs stratégies. Quand il le fait, c’est généralement catastrophique. Mais plus localement, au niveau du département, la mainmise de l’administration sur l’agriculture est impressionnante.
    Projet agricole départemental (PAD)
    Tout commence par le PAD qui se doit de « déterminer les priorités des productions et d’aménagement des structures d’exploitation au niveau départemental ». Le projet est élaboré par les services de l’État en concertation avec les organisations professionnelles agricoles. « L’objectif est de mettre en place des dispositifs permettant à la majorité des agriculteurs d’atteindre, compte tenu des compétences techniques requises, de la charge de travail, des responsabilités et des capitaux engagés, un revenu comparable à celui d’autres catégories socioprofessionnelles. » Dans le reste de la société, il n’existe pas de projet départemental des garagistes, des boulangers ou des comptables, mais si on ne met pas un terme à cette dérive, cela pourrait venir.
    Résultat : comme le prouve la crise actuelle, cet objectif n’est pas atteint. Les revenus d’au moins les trois-quarts des agriculteurs (chefs d’exploitatin) ne rémunère pas leur travail et les capitaux investis au niveau « normal » recherché par les PAD.
    Composition de la commission départementale d’orientation de l’agriculture, représentants (de 30 à 50 personnes) :
    • du préfet ;
    • des ministres intéressés ;
    • de la production agricole ;
    • des propriétaires et des fermiers-métayers ;
    • de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles ;
    • de l’artisanat et du commerce indépendant de l’alimentation ;
    • des consommateurs ;
    • des associations agréées pour la protection de l’environnement ;
    • du financement de l’agriculture.
    Exemple de PAD : celui du Calvados et sa grille d’équivalence des productions agricoles.
    Schéma départemental directeur des structures agricoles (SDDS)
    Une fois le PAD fixé, le schéma directeur départemental des structures des exploitations agricoles (SDDS) détermine les priorités de la politique d’aménagement des structures d’exploitation, notamment quelle est la « bonne » taille des exploitations suivant leur lieu et leur type de production. Il est arrêté par le préfet. « L’un des principaux objectifs : préserver les exploitations personnelles d’une superficie au moins égale à l’unité de référence présentant toutes les garanties de viabilité laissant présager d’une exploitation durable ».[1] Dans aucun autre secteur, l’administration ne s’immisce dans ces sujets : on voit mal les préfets fixer la « bonne » taille des restaurants, des magasins de vêtements ou des menuiseries.
    Résultat : comme le prouve la crise actuelle, cet objectif n’est pas atteint.
    Exemple de SDDS, celui de l’Isère.
    Commission départementale d’orientation agricole (CDOA), Contrôle des structures (CS) et Autorisation d’exploiter (AE)
    La CDOA est le bras armé qui met en œuvre les principes du PAD et les outils du SDDS. Le contrôle des structures des exploitations agricoles s’applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol. « L’objectif est de favoriser l’installation des jeunes agriculteurs et de conforter les exploitations agricoles dont les dimensions sont insuffisantes au regard du schéma départemental directeur des structures agricoles (SDDS) en leur donnant la priorité pour obtenir l’autorisation d’exploiter des terres. » C’est le préfet, qui prend et signe la décision d’autoriser ou de refuser l’exploitation des terres objet de la demande. L’autorisation d’exploiter est une décision administrative, qui reste valable jusqu’à la fin de la campagne culturale suivante.
    Résultat : comme le prouve la crise actuelle, cet objectif n’est pas atteint. Trop de jeunes agriculteurs sont installés sur des exploitations non rentables[2] et/ou avec des capitaux insuffisants, et l’objectif de conforter des exploitations non rentables n’est pas atteint.
    Composition de la commission départementale d’orientation de l’agriculture, section structures (une vingtaine de personnes):
    • Le préfet ou son représentant ;
    • Le président du conseil général ou son représentant ;
    • Le directeur départemental des territoires ou son représentant ;
    • Le trésorier payeur général ou son représentant ;
    • Le président de la chambre d’agriculture ou son représentant ;
    • 3 représentants de la chambre d’agriculture ;
    • 8 représentants des syndicats agricoles représentatifs dans le département ;
    • Un représentant des fermiers métayers ;
    • Un représentant des propriétaires agricoles ;
    • Une personne qualifiée désignée : le président du comité d’orientation sur l’installation et la transmission de la chambre d’agriculture.
    Société d’aménagement foncier et rural (SAFER)
    Les entrepreneurs concernés par les trois structures précédentes sont les agriculteurs qui, locataires ou propriétaires, souhaitent exploiter une terre agricole ou un atelier de production. Face aux SAFER, ce sont les candidats acheteurs et vendeurs de terres qui sont confrontés à ces étranges sociétés privées. Elles emploient un millier de salariés et sont financées par les commissions qu’elles prélèvent sur les transactions. Elles bénéficient d’un droit de préemption sur les ventes, d’une exemption des droits de mutation, du droit de choisir l’acheteur des propriétés pour lesquelles elles interviennent et de la possibilité de modifier le prix de vente. « Le premier objectif des SAFER : dynamiser l’agriculture, favoriser l’installation des jeunes. »
    Résultat : comme le prouve la crise actuelle, cet objectif n’est pas atteint. Trop de jeunes agriculteurs sont installés sur des exploitations non rentables et/ou avec des capitaux insuffisants, et l’objectif de dynamiser l’agriculture n’est pas atteint.
    Composition du comité technique des SAFER, représentants (de 30 à 50 personnes) :
    • des SAFER ;
    • des chambres d’agriculture ;
    • des banques et assurances mutuelles agricoles ;
    • des syndicats agricoles représentatifs ;
    • des collectivités territoriales : conseil général et associations de maires ;
    • de l’État : le directeur départemental de l’agriculture et le directeur des Finances publiques ;
    • du conseil régional ;
    • des notaires ;
    • des associations ou organismes de protection de l’environnement ;
    • des syndicats de propriétaires forestiers ;
    • des syndicats de la propriété rurale.
    Xavier Beulin président de la FNSEA, JDD du 23 août 2015
    « La France doit se doter d’une vision à 15 ans de son agriculture. Il faut engager un vaste plan pour moderniser les bâtiments, automatiser les abattoirs, organiser les regroupements d’exploitations afin qu’elles soient plus productives ».
    Commentaire : la confirmation que les organismes actuels sont inefficaces, et que les règles de la Loi d’avenir visant à réduire la taille des exploitations pénalisent notre agriculture.
    Conclusion
    La crise actuelle souligne à nouveau l’échec de cet empilement de commissions et de structures, en place depuis des décennies, qui vivent aux dépens des agriculteurs. Elles prétendent savoir ce qu’il faut faire, mieux que les agriculteurs-entrepreneurs. Pendant ces mois de crise, le silence des responsables de ces organismes contraste avec leur activisme pour renforcer leurs pouvoirs pendant la préparation de la Loi d’avenir pour l’agriculture de 2014. Loi dont la crise actuelle souligne l’inadaptation et l’inefficacité. Ces structures présentent trois inconvénients : 1) un ralentissement dans les actions des agriculteurs qui se chiffre en trimestres et souvent en années, 2) un coût pour les agriculteurs et pour la société, et surtout 3) des décisions incompétentes et irresponsables qui nuisent aux agriculteurs, à notre agriculture et à notre pays..
    Plus que jamais, en 2015, les évolutions du monde de l’agriculture sont rapides et mondiales. Imaginer que ces commissions pléthoriques, même de bonne volonté, soient capables de choisir les bons projets et les bons chefs d’exploitations démontre une méconnaissance profonde du mécanisme entrepreneurial. Seules les personnes qui investissent leurs capitaux, leurs compétences et leur travail sont en situation de décider, à chaque instant, des risques qu’ils acceptent de prendre. C’est vrai pour le lancement des start-up étonnantes (BlaBlaCar, Free ou VentePrivée) mais c’est aussi vrai pour les entreprises agricoles. Les comités et les commissions ci-dessus ne peuvent aboutir qu’à des consensus mous, des idéees peu novatrices et des décisions conformes aux souhaits et aux intérêts des lobbys en place.
    L’agriculture d’aucun autre pays de l’Union Européenne ou de l’OCDE n’est soumise à des procédures similaires. Les crises à répétition de notre agriculture devraient finir par convaincre nos dirigeants politiques et syndicaux que cette exception est nuisible : il faut supprimer tous ces organismes.
    [1] Un autre objectif conduit de nombreuses exploitations à la faillite : « Privilégier la création ou le maintien d’exploitations agricoles en maintenant le maximum d’actifs agricoles ».
    [2] Fixer un quota départemental d’installation de jeunes agriculteurs pousse à en installer pour faire du chiffre, des jeunes qui se trouvent rapidement en difficulté comme l’ont montré les manifestations de 2015″

Laisser un commentaire