La vignette de trop

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Par Thomas Bartholo
22 février 2018
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critair

Rennes va appliquer dès la fin de l’année la vignette Crit’air qui interdit aux véhicules anciens de circuler en cas de pic de pollution, une nouvelle mesure d’écologie punitive qui va toucher les plus modestes.

Forte hausse du prix du stationnement, augmentation du tarif des péages, privatisation des PV, contrôle technique durci, malus à l’achat, vignette Crit’air, les automobilistes sont de plus en plus touchés dans leur quotidien et ce sont les moins fortunés qui en subissent directement le plus fort impact.

Rennes bombe son torse et veut jouer aux grandes villes, sauf que Rennes, qui a beau être la capitale bretonne, est loin d’être Paris. Mais la volonté politique est la même, à savoir : éradiquer les voitures de son centre-ville.
La multiplication des rues à sens unique ou la réduction des voies pour inclure des pistes cyclables, rendaient déjà le centre de Rennes très peu praticable. Pour les gens y travaillant, le choix ne se pose malheureusement pas, mais pour nous, Malouins, les envies de faire du shopping dans le centre historique de Rennes se raréfiaient. En effet, qui a le désir de passer un samedi après-midi dans les embouteillages et de chercher une place de stationnement à un coût exorbitant pour faire des achats, alors qu’aujourd’hui, sans sortir de chez soi, tout le monde a accès aux grandes enseignes depuis son clavier ?
Mais la mairie socialiste n’en a cure et se moque que les commerces indépendants du centre-ville souffrent, ce qui finalement profite aux grands centres commerciaux périphériques.

Avec le système qui sera mis en place dès la fin de l’année, nous tombons directement dans « l’écologie punitive ». Ce n’est pas le prix de la vignette obligatoire qui pose problème (4,18 €), mais son système d’exclusion des voitures les plus anciennes, aujourd’hui lors des pics de pollution, mais demain toute l’année. Car qui possède une voiture de plus de dix ans ? Dans l’esprit des municipalités mettant en place la vignette Crit’air : des pollueurs. Pollueurs qui rouleront où qu’ils aillent avec une vignette rouge. Rouge comme la honte qu’ils devront porter de mettre en danger notre terre et l’avenir de nos enfants ! Sauf que, si vous n’avez pas les moyens d’acheter une voiture neuve, vous vous tournez obligatoirement vers l’occasion. Et là, pas de choix possible, si vous avez une famille à transporter, vous avez une offre quasi-exclusivement faite de diesels. Car les ventes de véhicules diesels, il y a encore quelques années, étaient encouragées par un gouvernement qui aujourd’hui applique une politique inverse.
Certes les particules émises par les moteurs diesels sont nocives, mais aujourd’hui l’alternative en occasion est nulle. Elle existera dans quelques années lorsque les véhicules essence moins polluants et les moteurs hybrides arriveront sur le marché de l’occasion à des prix raisonnables. Le temps fera son affaire et le diesel dans 20 ans aura probablement disparu de nos rues. Vouloir forcer les choses et contraindre les gens à changer de locomotion est prématuré et en attendant, une discrimination ce qui est pire.

Et les transports en communs ? Pas la peine de vivre dans les grandes villes pour que les élus fassent l’éloge des transports en commun. A Saint-Malo nous n’échappons pas non plus à de bons conseils moralistes pour inciter au co-voiturage ou à prendre le bus. Comme si l’on pouvait emmener ses enfants à l’école en bus, puis, sans changer de ligne, arriver à son travail avant 9h, rentrer chez soi déjeuner en moins d’une heure, aller chercher ses enfants à la sortie des classes et aller faire ses courses pour le repas du soir avant de rentrer chez soi dans le dernier bus ; le tout bien entendu en portant poussette et cabas !

Il est facile de donner des leçons aux autres quand soi-même on a des places réservées au cœur de l’hôtel de ville ou à chaque grand évènement dans la ville lorsque que la circulation est encombrée.

Naturellement, d’aucuns diraient aujourd’hui : roulez en électrique ! L’achat d’un véhicule électrique est très subventionné, des places de parking gratuites leur sont même attribuées et les nouveaux modèles seraient presque élégants. Certes, mais hormis une Tesla dont le premier prix avoisine les 80.000 €, pas beaucoup de véhicules électriques vous permettent de faire ne serait-ce qu’un aller-retour à Rennes.

Et ces véhicules électriques, si chers à notre classe dirigeante, sont-ils vraiment vertueux ? Eh bien non, loin de là. Pour sa construction, une voiture électrique nécessite des métaux rares, tant pour sa partie électronique que pour ses batteries. Un rapport de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie indique que ces métaux, extraits du sol (principalement en Chine), raffinés et acheminés dans les usines de fabrication des batteries, ont un coût écologique extrêmement lourd en termes de rejet carbone et de pollution des zones environnantes ; pour produire un véhicule électrique, il faut deux à trois fois plus d’énergie que pour construire un véhicule conventionnel ! De plus, quand on sait que la Bretagne a déjà bien du mal à sécuriser son alimentation électrique aujourd’hui, on n’imagine pas les difficultés qui s’imposeraient si l’intégralité du parc automobile breton était électrique, comme le souhaitent certains.

Alors avant que d’autres municipalités, bien mal inspirées, nous imposent également la vignette Crit’air, qu’elles se posent les bonnes questions et regardent du coté industriel s’il n’y a pas des efforts à faire avant de s’attaquer aux automobilistes. On sait par exemple que grâce à l’évolution de motorisations moins polluantes, la qualité de l’air des centres urbains s’améliore d’années en années.

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