Lutter contre la désertification commerciale

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Par Pierre Lemarié
20 février 2017
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Le 15 décembre dernier, Jean Lassale, député des Pyrénées-Atlantiques et candidat à l’élection présidentielle, est venu à Saint-Malo pour participer à une conférence sur la disparition des services publics et des commerces de proximité. Avec Fabien Gonzalès, chef d’entreprise et président de l’Union des commerçants de Dinard, ils ont débattu sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre la désertification de nos communes rurales.

Des cœurs de ville abandonnés

Au mois d’octobre, le Monde donnait ces chiffres : « En  2015, plus de la moitié des cœurs des villes moyennes avaient un taux de commerces vides supérieur à 10 % […] sachant que, au-dessous de 5 %, les experts considèrent la situation comme conjoncturelle et que, au-delà de 10 %, cela témoigne d’un déclin structurel de la commercialité du centre-ville. » Par ailleurs, le journal soulignait que le nombre de créations d’entreprise dans le secteur du commerce de détail, a diminué de 11% entre 2011 et 2014.
Alors que les commerces de centre-ville ferment, les entrées de ville voient sortir de terre des zones commerciales de plus en plus grandes. Il faut savoir que la France détient le record mondial des mètres carrés de surface commerciale par habitant.

Densité zone commerciale
Comme le raconte Jean Lassalle : « Depuis 50 ans, la désindustrialisation fait dépérir les villes entières tandis que la concentration de l’argent en fait grossir d’autres de façon anarchique. En croyant concentrer les richesses, on concentre les misères. Nous avions hier une guirlande de faubourgs colorés, animés et achalandés, à la fois indépendants et complémentaires les uns des autres. Aujourd’hui, nous traversons une série d’immeubles, puis longeons un cimetière, puis une zone industrielle. Voilà une concentration de petites maisons, personne dans les rues, puis une décharge une friche abandonnée, soudain, miracle, de jolis pavillons, ensuite un centre commercial, à nouveau des friches, des usines à moitié vides, et ça recommence. » Dans Valeurs Actuelles Eric Brunet est plus direct, il écrit : « La France est devenue moche », craignant pour notre potentiel touristique.

Sauver ces commerces qui font notre identité.

Ces commerces en centre-ville créés du lien, de la vie. Ces cafés, ces boulangeries, ces boucheries, ces primeurs, ces fleuriste sont une part de notre identité. Et puis à l’heure où l’écologie est roi, quoi de plus responsable que de se rendre à pied dans ces commerces de proximité ? Eric Brunet tire la sonnette d’alarme : « Ne remplaçons pas la France des clochers par la France des parkings » et propose à nos élus de renouer avec le beau.

Comment sauver nos commerces ?

Comme souvent nos élites démissionnent vite. D’un côté ils jurent qu’ils veillerons à l’attractivité des centres bourgs, de l’autre ils participent aux inaugurations des grandes surfaces. Pour justifier leur choix ils ressassent sans cesse que ces nouvelles zones en périphérie sont des bassins d’emploi. Et puis il faut bien répondre à la demande des citoyens !
Encore une fois, rien n’est possible sans volonté politique. Il faut d’abord réussir à convaincre les commerçants de revenir dans le centre, tout en offrant de la place à la voiture, devenue le vilain petit canard. Il faut également être en capacité de réhabiliter des logements. Comme l’explique justement Carole Contamine, directrice générale de l’Établissement public foncier de Bretagne (EPFB) : « C’est plus facile pour un élu de faire 20 ou 30 logements sur des terres agricoles que du renouvellement urbain ».

L’objectif est de ramener du passage dans nos cœurs de ville. Il faut donc :

  • Résoudre les problèmes dans l’accessibilité du consommateur au centre-ville, que ce soit l’offre de stationnement ou les tarifs des parkings ;
  • Diminuer la fiscalité des petits commerces. Souvent, ces agglomérations touchées par la désertification commerciale du centre-ville connaissent un niveau de fiscalité plus élevé que la moyenne.
  • Engager une stratégie globale adaptée à la situation du territoire. Aux élus de s’appuyer sur les atouts de leur ville (patrimoine, culture, capacité d’attractivité touristique ou économique et de combiner tous les leviers d’action (urbanisme, habitat, activités, mobilité…). Pour cela une concertation avec les acteurs locaux est indispensable.
  • Nommer un manager de centre-ville, chargé d’animer et de ré-allouer les locaux commerciaux de centre-ville ;

Pour sauver nos commerces, il faut ne rien s’interdire. Par exemple, la création de « Ma boutique à l’essai », à l’initiative de la ville de Noyon, qui permet aux aspirants commerçants de tester la viabilité de leur concept commercial au sein d’une boutique-pilote. N’oublions pas qu’en plus de la concurrence des magasins en périphérie, se rajoute la concurrence des boutiques par le commerce en ligne.

Aujourd’hui tous les territoires sont touchés. Même des villes comme Saint-Malo doivent faire preuve d’imagination pour protéger les commerces traditionnels qui ferment les uns après les autres.
A cela s’ajoute la disparition croissante des services publics de proximité : fermeture du bureau de poste d’intra-muros, de la fermeture du collège Surcouf … Depuis peu, pour les cartes d’identité, il faut prendre les empreintes. Par conséquent, seulement 27 communes du département sont habilitées à le faire. Autant d’exemple illustrant l’éloignement des services publics et donc de la remise en cause du triptyque « liberté, égalité, fraternité ». Certains programmes présidentiels n’en font cure. Les économies passeront par la fermeture de nos écoles rurales, des postes dans nos campagnes !

Nos commerces et nos services publics se meurent mais nos communes avec. Réagissons collectivement !

Pierre Lemarié

Pierre Lemarié

Membre du Cercle des Actifs Malouins.

2 pensées sur “Lutter contre la désertification commerciale”
  1. Qui a refusé l’implantation de Leroy Merlin à ST Malo? Qui a décidé de l’implanter à la Richardais avec la zone commerciale autour?
    Les conséquences: Des hectares de terres agricoles sacrifiées et surtout la désertification du commerce dans le centre de Dinard.

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