Retour sur le festival Regards Croisés

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Par Jean-Renaud Aébi
18 novembre 2017
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tous les lauréats sur scene
Alors que nous entamons la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, vient de s’achever à Saint-Malo le festival Regards Croisés qui valorise l’insertion dans le monde du travail des personnes en situation de handicap. Destiné à l’origine aux recruteurs, ce festival s’est ouvert cette année au public.

A l’origine de ce festival, une association : « L’Hippocampe » qui a vocation à apporter un coup de projecteur au monde des personnes en situation de handicap en leur permettant d’exprimer leur capacité créatrice et leur sensibilité à travers la bande dessinée (présentée chaque année au festival d’Angoulême) et la réalisation de courts-métrages (Festival Regards Croisés).
Auparavant localisé à Nimes, ce festival pose ses valises à Saint-Malo.  Cette 9ème édition est une première dans notre ville, qui devrait accueillir également les éditions suivantes. En effet, l’ouverture au public demandait des locaux et un accueil plus adapté ; Saint-Malo, habitué aux grands festivals, proposait toutes les qualités requises pour accueillir cet événement.
C’est donc sous la forme de courts-métrages, que les talents s’expriment pour démontrer, s’il en était encore besoin, les aptitudes et compétences de ces salariés « autrement capables ». Comme tout festival de film, un jury « prestigieux » a départagé les films en compétition et désigné les lauréats. La présidence du jury revenant cette année au réalisateur Radu Mihaileanu (Va, vis et deviens ; Le Concert, etc.) accompagné entre autres des actrices Mélanie Thierry et Fanny Cottençon, de la journaliste Eglantine Eméyé ou de l’auteure et chef d’entreprise Charlotte de Vilmorin.
 
Mais c’est par un long métrage que ce festival a débuté : « Patients », film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, qui étaient venus pour l’occasion présenter leur film et échanger avec les festivaliers sur la vie dans les centres de rééducation et sur la reconstruction après un accident de la vie. Paul-Eric Laurès, journaliste, et Luc Leprêtre, auteur, également présents, ont témoigné de leurs expériences. Il ressort de ce débat que beaucoup reste à faire pour améliorer la prise en charge des individus et l’image même du handicap dans la société. Les relations avec certains médecins aux réflexions maladroites, ou les difficultés rencontrées avec l’administration, décrites comme une « guerre », sont inacceptables dans notre société en 2017.
Il semblerait néanmoins qu’aujourd’hui dans les formations pour les professionnels du secteur médico-social on aborde « l’éthique et la bientraitance » qui apprend à considérer le patient comme un homme plutôt que comme un malade.
La conclusion de Grand Corps Malade à ce débat est que si les enfants en situation de handicap, quel que soit ce handicap, pouvaient accéder à l’école, alors il deviendrait habituel pour tous les autres enfants de vivre avec les différences et cela éviterait à l’âge adulte les appréhensions que peuvent parfois susciter les rencontres avec les personnes « pas comme tout le monde ».
Malheureusement, le gouvernement précédent a préféré imposer une modification des rythmes scolaires aux communes avec l’organisation de travaux d’activités périscolaires coûteux, plutôt que de s’engager dans un accueil de tous les enfants à l’école. Selon l’association des maires de France, cette réforme a coûté près d’1 milliard d’Euros par an aux collectivités ! Si, ne serait-ce qu’un quart de cette somme, avait été utilisé pour financer l’accessibilité dans les établissements ou payer des auxiliaires de vie scolaire, la situation serait bien différente à ce jour.
Le handicap n’empêche pas le talent.
« Le handicap n’empêche pas le talent » est le leitmotiv du festival Regards Croisés : chaque film, qui dure entre trois et six minutes, est unique et vous remplit d’émotions. C’est un témoignage puissant, parfois tourné à la manière d’un documentaire, parfois plus scénarisé, mais toujours plein de vie, de sensibilité, d’autodérision et d’humour.
Pour la cérémonie de remise des prix, la grande salle du Palais du Grand Large était remplie de festivaliers, tous heureux d’être là, une vraie communion de bonne humeur. Radu Mihaileanu, président du jury, a d’ailleurs lancé : « Voir autant de bonheur, ça nous change de la cérémonie des césars, et ça fait du bien ! ».
J’invite donc tous les Malouins à noter ce rendez-vous l’année prochaine pour découvrir le monde de Regards Croisés.  

Jean-Renaud Aébi

Président du Cercle des Actifs Malouins.

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