Russie : menace réelle ou imaginaire ?

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Par Michel Legueret
2 janvier 2017
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En préambule de notre conférence sur la Russie programmée en 2017, le Cercle des Actifs Malouins (CAM) souhaite vous présenter plusieurs thématiques sur la Russie. La première concerne un vieux fantasme militaire : l’invasion de l’Europe par les Russes.


Alors que Donald Trump, nouveau président des États-Unis semble en mesure d’apaiser les tensions américano-soviétiques, un vieux démon de l’Europe ressurgit dans les propos de nos politiques et un relent de guerre froide revient à la mode.

Doit-on craindre une guerre expansionniste de la Russie ?

Aucune raison tangible ne corrobore cette thèse. La guerre froide est finie depuis trente ans et la Russie commence seulement à retrouver un standing digne de son rang. Les anciens pays du bloc de l’est se sont rapprochés des États-Unis et de l’Otan sans pour autant contrarier le pouvoir russe.

L’affaire Ukrainienne et la reconquête de la Crimée par Vladimir Poutine ne sont pas dictées par un besoin de conquête mais par le fort sentiment nationaliste pro-russe de cette partie de l’Ukraine. Il n’a répondu (militairement) qu’à une demande de la population de la Crimée. L’Ukraine, qui a été longtemps le grenier à grains de la Russie, s’est émancipée de façon violente, et une rancune tenace oppose dorénavant les dirigeants de ces deux pays. L’explication de cette intervention russe massive et violente vient sans doute de ces rapports conflictuels. Vladimir Poutine n’a pas manqué l’occasion d’envoyer un signal fort à ses anciens vassaux, leur signifiant qu’il est encore l’homme le plus puissant de cette partie du monde et bien décider à le rester.
L’attitude de l’Europe, prenant fait et cause pour l’Ukraine, n’a fait qu’augmenter la méfiance entre les dirigeants russes et cette Europe dépendante du pouvoir américain.
Ce n’est pour autant que la Russie reprendra une politique expansionniste et envahira le reste du continent, d’ailleurs en ont-ils les moyens ?

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En 2017, que vaut l’armée Russe ?

A la sortie de la guerre froide et surtout après la chute du mur de Berlin et l’avènement de la « Pérestroika » de Gorbatchev, l’armée Russe se trouve avec un appareil militaire en plein doute et un matériel dépassé et coûteux en entretien. Les Soviétiques avaient misé sur une dissuasion nucléaire mais l’accident de Tchernobyl et les guerres à venir allaient montrer les limites de cette vision. La guerre menée en Afghanistan en est le cruel symbole et la fin d’une certaine idée du communisme triomphant.

Lors de l’éclatement du bloc de l’Est, les pays ayant retrouvé leur indépendance ne se tournent pas vers la Russie pour leur protection mais vers l’ancien ennemi juré les États-Unis, symbolisé en Europe par l’Otan.

Dans cette période « post guerre froide » l’ancienne URSS se tourne aussi vers les États-Unis pour quémander une aide financière et logistique dans le démantèlement de son arsenal nucléaire. Un sentiment d’amertume surviendra de cette période pour les Russes, obligés de se soumettre au diktat américain.

Il faudra l’avènement de Vladimir Poutine pour que la Russie relève la tête et amorce le renouvellement et la professionnalisation de son armée.

En 2008 une nouvelle philosophie est appliquée aux forces armées soviétiques. Dorénavant la priorité est l’intervention sur leur propre territoire (Tchétchénie) ou dans les pays satellites (Ukraine). Le budget de la défense est continuellement en hausse et représentait 23% du budget fédéral en 2015. Le renouvellement de l’armement des soldats russes représentait 59% de cette somme ce qui équivaut à une somme de 60 milliards de dollars.

La Russie a confectionné un bouclier anti-missile au dessus de son territoire ce qui en dit long sur la confiance entre Poutine et le reste du monde. Les militaires Américains considèrent encore la Russie comme une menace majeure et les ajustements de l’Otan le prouvent.
Vladimir Poutine a réussi à créer un climat de confiance entre l’appareil politique et militaire Russe. Par ailleurs, la chaîne de commandement a été simplifiée et cela se traduit par une meilleure efficacité dans les temps de réponses et les stratégies.

Pour contrecarré l’impopularité du service militaire Russe, celui-ci a été ramené de deux ans à une année. Pour la première fois en 2015 les professionnels sont plus nombreux que les appelés dans l’armée. Les effectifs de l’armée seraient de 384 000 soldats en 2016.

Pour augmenter l’attractivité d’une carrière militaire les salaires ont été fortement revalorisés parfois multipliés par cinq. La Russie a également fortement modifié son armement et les troupes d’élite et forces spéciales sont armées pour des guerres modernes. La Russie a développé des armes sophistiquées dans tous les corps d’armée. Nouveaux avions de combat (SU-34 et SU-35), missiles de croisière pour la marine (KALIBR et KH 101 avec tête nucléaire) et nouvel équipement individuel pour les fantassins (protection balistique, transmission, observation, géolocalisation avec un nouveau fusil d’assaut). L’effort de guerre soviétique a également porté sur le développement de moyens de guerre électronique sophistiqués destinés à neutraliser le fonctionnement des systèmes radar et de communication adverse.

Cette révolution des théories et des moyens de l’armée Russe a longtemps été sous estimée par les stratèges américains et le réveil a été douloureux.

Des guerres de représentation

En 2014 la Russie a exporté des armes et des matériels de guerre pour 15 milliards de Dollars et a signé des contrats pour 14 autres milliards.
Fort de ses succès, il est primordial pour la Russie de faire un « marketing » de ses moyens militaires. Et pour cela quoi de mieux qu’un conflit à « ciel ouvert » devant tous les médias ?
C’est pourquoi en plus des liens entre Bachar El Assad et Vladimir Poutine, d’autres intérêts entrent en jeu dans cette guerre : « montrer au monde (et donc aux acheteurs) que la puissance russe est de retour et que son matériel est le meilleur ».

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Alors, invasion ou pas ?

La Russie, contrairement à la France, a gardé une autonomie totale sur son armement. Et comme dans la plupart des pays démocratiques de l’ancienne Europe, les industries d’armement périclitent, et que la défense de chacun se noie dans la défense collective, la Russie n’en apparaît que plus puissante et donc dangereuse.

Pour autant dans un monde dominé par l’économie, pourquoi la Russie se lancerait elle dans des conflits d’un autre temps ? Au lieu de voir cette puissance comme un ennemi il serait peut-être temps de penser à une défense commune de ce continent. De l’autre côté de l’Atlantique la vision va certainement changer et les États-Uni se renfermer sur eux-mêmes. D’où viendra alors la sécurité ? Sans doute pas de cette seule Europe incapable de s’accorder sur une défense commune.

Le soleil se lève à l’Est, peut-être que l’avenir aussi …

Michel Legueret

Michel Legueret

Vice-président du Cercle des Actifs Malouins

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